Vierzon / Navigation / Découvrir la ville / Les vierzonnais célèbres / Marc Larchevêque

Marc Larchevêque

Un nom, en Berry, symbolise le monde de la porcelaine, celui de Larchevêque. Son histoire commence en 1850 pour se terminer 136 ans plus tard lorsque, le jeudi 28 septembre 1986, à 18 h 46, la vieille usine Larchevêque du centre de Vierzon (Cher) est abattue au milieu d’un nuage de poussière pour faire place à un nouvel espace urbain. Autrefois, rue de Grossous, appelée aujourd’hui rue Pierre-Debournou, quatre générations de Larchevêque se sont succédées pour construire et diriger ce fleuron de l’industrie porcelainière du Berry : Alexis, Marc, Pierre et André.

C’est dans une maison attenante à l’usine que naquit Marc Larchevêque, le 27 janvier 1871. L’enfance de Marc fut un véritable martyre. Alexis, son père, avait épousé la jeune veuve de son frère aîné. De ce frère, elle avait eu un premier fils, Louis. Or, il semble que cette femme se prit d’une haine farouche contre son deuxième mari ainsi que contre l’enfant qu’elle eût de lui, le petit Marc.

Enfance de Marc
Dans un long récit manuscrit Marc décrit l’atmosphère épouvantable qui régnait entre ses parents. Dès l’âge de huit ans, il se réfugiait à l’usine pour fuir sa mère et travailler avec les ouvriers.

"Je me souviens que chaque année pour la Saint-Alexis, les ouvriers de l’usine venaient souhaiter la fête de mon père et prenaient part à la petite bombance qui était faite à cette occasion. À Noël, on faisait tuer des porcs et chaque ouvrier, ouvrière ou apprenti touchait une portion. Et aussi pour les manœuvres, une paire de sabots ou des tabliers de travail. Mon père était un travailleur et de ce fait était le plus souvent vêtu d’habits pleins de poussière qu’il prenait dans les ateliers ou dans son moulin de l’Abricot où il faisait tous les broyages de ses matières premières. Il avait, surtout l’hiver, de la boue après ses bottes... alors vous comprenez qu’il était mal vu à la maison quand il avait le malheur de marcher sur un parquet ou un tapis".

Si Marc Larchevêque devint par la suite un patron soucieux du bien-être de ses ouvriers, très en avance sur son temps pour tout ce que l’on appelle aujourd’hui la protection sociale, il faut en trouver les raisons profondes dans l’exemple que lui avait donné son père qu’il adorait.

Incapable de supporter sa femme plus longtemps, Alexis la quitta en 1878. Le jeune Marc fut envoyé en pension à Moulins où il resta cinq ans, ne retrouvant son père que pendant les vacances. Il alla ensuite au Lycée de Poitiers, toujours pensionnaire. On peut dire que dès l’âge de neuf ans, Marc ne connut plus de foyer familial. Après son baccalauréat, il s’inscrit un an en classe de physique et de chimie à la Faculté Catholique de Lyon. Ayant terminé ses douze mois de service militaire au 13ème de ligne à Nevers, il revient à Vierzon en 1891, fermement décidé à réclamer sa part d’héritage (son père étant mort en 1887) pour réaliser son rêve de devenir porcelainier.

Marc, porcelainier et novateur
Âgé de vingt ans, Marc Larchevêque emprunte 70 000 francs-or (1,4 millions 1993) et rachète les deux usines de la rue de Grossous, embauche trente-cinq ouvriers et remet en route la production. Malgré son maigre bagage théorique, il fait montre d’un véritable génie de l’organisation et de la simplification du travail : matériel de cuisson augmentant de 30 % la capacité des fours, perfectionnement du coulage pour réduire le nombre de moules, utilisation de la force motrice à tous les échelons de la fabrication. Dès 1900, ses ateliers comptent parmi les plus modernes du Berry.

Chercheur passionné, Marc Larchevêque consacre une grande partie de son temps à améliorer la marche de son entreprise. Peu avare de ses découvertes, il est heureux d’en faire profiter ses collègues mais regrette, en revanche, le manque de réciprocité. Il est revenu de ses voyages en Allemagne avant la guerre de 1914, convaincu que la supériorité de l’industrie céramique d’outre Rhin est due à une beaucoup plus grande solidarité. Dans une brochure éditée dès 1898, il écrit des phrases qui sont, hélas, encore vraies quatre-vingt-quinze ans plus tard : "À quoi attribuer les progrès très rapides qui ont été faits par nos voisins ? Ces progrès sont dus à leur organisation. Alors qu’en France, le fabricant est isolé, cherche et perfectionne lui-même, et cache avec un soin jaloux les quelques progrès qu’il fait, en Allemagne au contraire, les fabricants ont créé des laboratoires où chacun d’eux peut puiser des renseignements et faire au compte de la collectivité des essais qu’il ne pourrait faire seul".

Alors que l’Allemagne et la France étaient à peu près à égalité avant la guerre de 1870, les chiffres que Marc Larchevêque publie en 1920 accusent une terrible avance de l’industrie allemande qui ne sera plus jamais rattrapée : en France, 49 usines fabriquaient de la porcelaine pour la table et l’hôtellerie avec 13 800 ouvriers ; en Allemagne, ces chiffres étaient de 180 usines et de 45 000 ouvriers !

Quant au seul département du Cher, il occupait 3 500 ouvriers dans 21 manufactures, réduits en 1993 à 700 ouvriers et 4 manufactures.

Sur le plan culturel, en compagnie du député Socialiste Jules-Louis Breton, il organise des conférences traitant les sujets les plus divers. Equipés d’un projecteur de photos ils captivent leurs auditoires principalement composé d’ouvriers.

Le pompier et l’enseignant
Marc Larchevêque a eu une influence déterminante dans le milieu des sapeurs-pompiers. En 1900 il est commandant de compagnie de Vierzon-Ville. Il améliore le matériel en achetant en 1907 la première pompe à incendie à moteur. Il est nommé en 1938 commandant du corps de Vierzon suite à la réunification de la ville. Il apporte ses hautes et multiples connaissances techniques au perfectionnement du matériel, faisant du corps local un modèle départemental.

Exerçant une influence considérable sur le monde de la porcelaine, il fonde en 1913 la section de céramique de l’Ecole Nationale Professionelle Henri Brisson. Il y enseigne la chimie industriellle, la technologie,les travaux pratiques et le laboratoire.

Le patron social
Marc Larchevêque sera également un précurseur dans le domaine social. Il a dans l’année qui a suivi l’armistice de 1918, réuni son personnel pour lui tenir ce langage :

"Messieurs, je vous propose de rompre avec la vieille méthode de travail qui était la nôtre. Ce sont des temps nouveaux qui commencent ; ce sont des habitudes nouvelles qui s’imposent. Vous cesserez d’être mes employés ; je cesserai d’être votre employeur. Je serai votre directeur technique ; vous serez mes collaborateurs.

"Ce que je vous offre, c’est le partage des bénéfices réalisés dans cette usine. Vos salaires fixes suivront ceux de vos camarades travaillant dans les usines où ce partage n’existe pas encore. Vous partagerez dans les bénéfices et non dans les pertes ; tout ce que vous risquez, c’est d’avoir chaque semestre une agréable surprise en touchant votre part de dividendes".

Et le journaliste de La Dépêche du Berry qui assistait à cette réunion de poursuivre : "Il est inutile de rapporter la réponse enthousiaste du personnel. On ne demande pas à un malade s’il veut guérir". Ces belles paroles sont bien agréables à prononcer pour un patron devant ses ouvriers, et nombreux sont ceux qui ont été tentés de le faire. Mais, à la première réduction des versements, c’est le drame, l’ouvrier ayant considéré sa part de bénéfice comme un salaire qu’il n’accepte plus de voir diminuer. De plus, il ne faut pas que ces versements soient faits au détriment des investissements, et ce fut le cas chez Larchevêque. Ainsi, de 1900 à 1925, l’usine n’avait à offrir à sa clientèle qu’une seule forme de service de table avec un choix de seulement deux décors !

Son fils aîné André-Louis étant brutalement décédé, c’est son second fils Pierre qu’il associe, dès 1920, à la direction de l’usine. Ce dernier est dans l’obligation d’entreprendre une grande restructuration d’U.M.L., sous peine de voir disparaïtre l’œuvre de son père et de son grand-père.

Marc Larchevêque avait été fait Chevalier de la Légion d’Honneur le 14 juillet 1914, puis avait reçu la rosette d’Officier en 1927. Il était aussi Officier de l’Instruction Publique, possédait la Médaille d’or de l’Enseignement Technique, la Médaille d’or de la Prévoyance Sociale. Il était, en outre, Président d’honneur de l’Union Départementale des sapeurs-pompiers du Cher.

Marc Larchevêque, décédé le 13 juin 1950, a marqué son époque. Ce fut un grand chimiste, un chercheur enflammé. Sa philantropie, ses œuvres sociales, la modernisation du corps des sapeurs-pompiers, la création de la section céramique de l’E.N.P. de Vierzon, son immense amour de la vie, son humour ont contribué à faire de lui une figure vierzonnaise exeptionnelle. Il été un prodigieux bonhomme, un incomparable patron.

© 2010 Ville de Vierzon - Hébergé par Oxyd / Spip est un logiciel libre distribué sous license GNU/GPL / Site optimisé pour Firefox