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Denbac

René Denert est né le 9 mai 1872 à Vitry-le-François (Marne). ll s’est marié le 16 août 1897 à l’âge de vingt-cinq ans. L’acte de mariage indique la profession de céramiste. C’est un autodidacte qui, après plusieurs stages, va travailler dans l’entreprise L’Hospied et Cie, fondée en 1888 à Golfe-Juan, fabricant d’émaux et toujours en activité.

Revenu à Vierzon, il est employé dans l’usine Bouvier qui fabrique des grès et des majoliques. Puis il va créer un premier atelier rue Camille-Desmoulins dans lequel, aidé de sa femme et avec un petit four artisanal, il fabrique ses premières majoliques et ses premiers émaux nacrés. L’inscription à la Chambre de commerce de cette "manufacture de grès flammés" dont il est le gérant et dont le capital est de cinq cent mille francs, date du 1er février 1909.

A cette époque, Vierzon est une cité des arts du feu car il existe une multitude d’entreprises industrielles ou familiales, grandes ou petites, qui fabriquent les pâtes et font cuire grès et porcelaine. Ainsi, en s’installant à Vierzon, René Denert sait qu’il y a une main-d’œuvre très qualifiée tandis que le charbon nécessaire pour chauffer son four arrive directement du bassin de Blanzy par le canal de Berry.

C’est lui qui est le créateur des six cent soixante-dix pièces figurant au catalogue, lui qui a conçu, dessiné, sculpté, moulé puis essayé les différentes combinaisons d’émaux, transformant le biscuit poreux en un support vitrifié chatoyant et satiné. Seuls les personnages et animaux du catalogue ont été créés par des sculpteurs, entre autres l’animalier Marie Calvet, ainsi que les cruchons pour liquoristes réalisés après la deuxième guerre mondiale, soit en grès (château de Chenonceaux, colonne Vendôme), soit en porcelaine (troubadour, François 1er, Marie de Médicis, Chevalier Noir...) qui sont l’œuvre d’ouvriers sculpteurs travaillant dans l’entreprise.

René Denert est un véritable artiste, ami du sculpteur Dalou et de l’architecte Karcher. ll connaît Marc Larchevêque. ll donne des cours à l’École nationale professionnelle de Vierzon. On peut dire qu’il est l’inventeur inspiré des Denbac.

Sous sa direction, l’entreprise se développe et au premier grand four vertical construit en 1918 s’en ajoute un deuxième en 1920 puis un troisième en 1921. La même année arrive René-Louis Balichon, né à Vierzon-Ville le 9 juillet 1885, qui aura un rôle de gestionnaire et de commercial. S’il n’est pas un artiste ou un technicien comme René Denert, il est très attaché à la qualité de la production et l’entente entre ces deux hommes restera toujours exemplaire.

La Société Denert et Balichon s’inscrit à la Chambre de commerce le 6 janvier 1921 et la contraction des deux noms donnera naissance à la signature Denbac. Entre les deux guerres ! avec ses trois fours, son personnel parfaitement qualifié et la richesse de sa production, I’entreprise Denert et Balichon représente probablement la première entreprise française de grès artistiques. René Denert meurt brutalement le 7 juin 1937 et l’acte de décès indique la profession d’industriel.

L’usine cesse toute activité pendant la seconde guerre mondiale et en 1945, de retour de captivité, Roger Lavalley vient aux côtés de René-Louis Balichon relancer l’activité de l’affaire mais ce dernier meurt le 8 janvier 1949, laissant ses actions de la Société Denbac à des héritiers non avertis des problèmes et des mutations de la profession. Roger Lavalley s’occupe des problèmes techniques durant sept ans et assure la gérance conjointement aux héritiers Balichon mais les temps ont changé et la recherche de la rentabilité de l’entreprise apparaît vite différente quand on fabrique des pièces de valeur ou des séries. En fait la transformation industrielle d’une activité qui était à 80 % artistique s’avère impossible sans de grands investissements (modernisation des ateliers et des systèmes de cuisson). Aussi toute production cesse définitivement en 1952.

L’entreprise

De 1909 à 1952, I’entreprise est demeurée à la même adresse : rue Camille Desmoulins à Vierzon. L’usine a été bâtie en trois fois. Après un premier four carré du type Sèvres dans lequel en 1909 René Denert fait ses premiers essais de majoliques et d’émaux nacrés et métalliques en recherchant des atmosphères réductrices particulières par combustion de chiffons imprégnés d’huiles et de graisses, le premier four rond est construit en 1918, le deuxième en 1920, le troisième en 1921. Ils vont lui permettre d’obtenir des émaux de grand feu. Avec l’agrandissement des locaux, ceux-ci gagnent en rationalité. Le magasin est au rez-de-chaussée, là où se fait la préparation des terres, et les ateliers de coulage, de tournage, d’émaillage et de retouche sont au premier étage.

Principes de fabrication

Les moules
A partir d’un objet façonné ou tourné, on obtient une première empreinte en creux. Cette empreinte est fractionnée en autant d’éléments démoulables que nécessaire, c’est-à-dire respectant les règles de dépouille. Ces éléments sont appelés "mère" de l’objet.
De cette ou ces mères sont tirées des reproductions en relief dites "noyaux". A partir de ces noyaux soigneusement repérés et conservés, traités en plâtre à modeler dur, seront reproduits autant de moules de coulage en plâtre semi-tendre pour obtenir les batteries de moules indispensables à une production industrielle.

La fabrication des pièces
Les pièces sont obtenues en versant dans les moules une pâte en suspension dans l’eau additionnée de silicate et appelée "barbotine". Par absorption d’eau, une pellicule de pâte se dépose sur le moule, son épaisseur étant fonction du temps attendu avant de reverser l’excédent de barbotine.
Après démoulage, éventuellement collage des anses et des becs à la barbotine, retouche et séchage, la pièce subit une première cuisson à 900° qui donne un biscuit solide et poreux, apte à recevoir l’émail.
Après trempage dans le bain d’émail ou jaspage au pinceau, les pièces sont disposées sur des "rondeaux", pièces circulaires parfaitement planes dont le dessus est enduit d’alumine et qui sont enfermées dans des "gazettes" de forme cylindrique s’empilant les unes sur les autres. Rondeaux et gazettes, réalisés en terre réfractaires, protègent des flammes les objets soumis à une deuxième cuisson de grand feu à 1380°.

Les pâtes étaient achetées dans une entreprise locale, Blin, qui avait des kaolins, des feldspaths, des sables et des craies de grande qualité. Les émaux étaient faits dans l’usine, les oxydes colorants venant de chez divers fabricants. La pâte des Denbac paraît souvent blanchâtre mais il s’agit bien de grès car leur opacité s’oppose à la translucidité de la porcelaine.

L’émaillage
La richesse des coloris, le velouté, le satiné si particulier au toucher, mais aussi les variations de couleurs de deux mêmes pièces qui font le charme des Denbac méritent des explications. L’émail est un verre plus ou moins fusible, coloré à l’aide d’oxydes métalliques ou de sulfures (bleu de cobalt, vert de chrome,...) qui était appliqué selon deux procédés. Un premier procédé consiste à appliquer de l’émail au pinceau dans la partie haute de la pièce (jaspage) que l’on protège par de la graisse avant le trempage pour que l’émail de fond ne prenne pas sur le premier. Un second procédé consiste à tremper d’abord avant de revenir avec un autre émail sur le premier. Il y a alors mélange des deux émaux dont la fusibilité différente est calculée pour obtenir des nuances, des larmes et des cristallisations. Chaque émail est ainsi étudié avec son ou ses émaux de décoration. Mais c’est le feu qui permet d’obtenir la douceur du toucher et les couleurs sont produites dans le four plus que par le pinceau.

"C’est de la peinture. Vous créez vous-même votre palette, dit Roger Lavalley. Pour obtenir une belle composition d’émaux, on faisait de nombreux essais. La base est scientifique mais on arrivait à la finesse par la recherche. Suivant le charbon, suivant certaines matières premières, on devait retoucher... Quand un matériau nouveau arrivait, on faisait d’abord des éprouvettes d’essais dans le four en constatant : celui-là coule moins, celui-là coule plus. Il fallait ajuster en fondant ou en réfractaire".

Les fours
Les trois fours mesuraient quinze mètres de haut sur six mètres environ de diamètre. Ils étaient à double paroi, comme des calorimètres, et avaient deux étages et quatre foyers ou alandiers. C’était des fours intermittents à flamme renversée. Ils permettaient d’obtenir une température de 1380° en fin de cuisson, après dix-huit à vingt heures de feu, réalisant ainsi un émail de grand feu. Leur conduite était délicate et exigeait du chauffeur et de son aide un véritable instinct du feu. Le chauffeur était responsable de la mise en place des pièces dans le four. Il les descendait du premier étage sur trois planches, une sur chaque épaule, l’autre sur la tête. On disait qu’il "montait" son four en plaçant les pièces sur les rondeaux et dans les gazettes au bon endroit, en plus grand nombre possible, imbriquées les unes contre les autres sans qu’elles ne se touchent, s’assurant de la bonne verticalité des colonnes de gazettes empilées, de leur calage avec les parois du four et entre elles. Il restait debout un jour et une nuit pendant toute la cuisson car l’appétit du four nécessitait une brouette de charbon par alandier tous les quarts d’heure, soit seize brouettes par heure.

Mais écoutons Roger Lavalley : "A l’intérieur du four existaient des différences minimes de température ou d’atmosphère réductrice ou oxydante à des moments déterminés de la cuisson. Chacun des trois fours avait ses manies. Vous saviez que si vous vouliez obtenir un beau bleu de Sèvres, il fallait le faire dans le deuxième four, à tel endroit et à telle hauteur. La qualité du charbon, plus ou moins flambant, intervenait aussi. Monsieur Droit père, chauffeur, accompagné de son fils, était un véritable artiste dans la manière de conduire son four : "Je suis à tant de degrés" ou alors : "Ça ne va pas, j’aurais dû monter. Je ne suis pas passé au rouge cerise quand il le fallait". Il avait un véritable instinct de la conduite du four".

A certaines époques, un four s’allumait quand un autre s’éteignait...

Catalogue
Le catalogue commercial exposé est le dernier édité par Denbac. Il comprend toujours les belles pièces de style 1900 dessinées par René Denert car les moules n’en ont jamais été cassés et l’usine les a commercialisés à la demande des clients jusqu’à sa fermeture. Tous les objets fabriquées en une quarantaine d’années n’y sont cependant pas représentés. A la disparition de Denbac, en 1952, les moules intacts représentaient des montagnes de plâtre qui malheureusement ont été dilapidées.

La rentabilité financière n’a jamais été très remarquable mais l’argent gagné les premières années fastes a servi à construire les trois grands fours, faisant alors de Denbac la première société française productrice de grès artistiques.

Employant vingt-cinq personnes, on dirait aujourd’hui que l’entreprise est une P.M.E. Mais grâce au génie créatif de René Denert, à la gestion efficace de René-Louis Balichon et à l’exceptionnelle habileté de son personnel, les productions Denbac nous restent comme témoins d’une bien belle entreprise.

D’après les propos recueillis en janvier 1989 auprès de Monsieur Roger Lavalley, Bernard Albert.

Les marques
(1) - Sur le vase n° 1, initiales R D de chaque côté d’une tour, Vierzon, le tout dans un cercle.

(2) - R. Denert vase n° 10, en creux.

(3) - Denert et Balichon en creux.

(4) - Denbac et numéro en creux.

(5) - Denbac et numéro à l’émail.

Denbac en relief et numéro en creux.

(6) - Denbac en encrage noir sur partie claire des objets et numéro en creux.

Denbac en encrage noir sur partie claire des objets.

Denbac en encrage noir sur partie meulée pour recevoir la signature.

Denbac en creux et tampon France.

Tampon carré de 1,3 cm x 1,3 cm en encrage bleu marine avec lettre centrale soit : D ou 1 ou 2 ou 3 ou B.

Denbac en creux surchargé de Denbac encré noir plus tampon France encré noir.

Denbac en creux avec adjonction de marques de vendeurs divers ou de liquoristes, par exemple :
(7) - Ch. Sauvaget et Fils
24, rue de la République
Vierzon (Cher).
Innoxa en relief.
Girardot
Chissay.
Girardot 8
(8) - Chenonceau

Pour les pièces hors catalogue, nous trouvons par exemple :
- sous la colonne Vendôme ; Liqueurs Cazanove Bordeaux en creux ;
- sous le Berrichon ; Noyer Denbac en creux et le tampon du carré ;
- sous la Berrichonne ; Prunelle Noyer Saint-Amand Cher France 55cl en creux ou tampon encré noir.

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